Pour sa vingt-quatrième édition, le Festival des Musicales de Blanchardeau recevait vendredi l'Ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi. Une soirée consacrée aux Quatre Saisons de Vivaldi à laquelle j'ai eu le plaisir d'assister.
Le concert commence bien avant la première note. Il débute dès que l'on rejoint la longue file d'attente qui serpente paisiblement devant l'église Notre-Dame de Soumission de Pléguien. Certains, galette-saucisse ou crêpe au sucre à la main, dégustent des airs de jazz interprétés par de véritables musiciens de talent. Ici, pas de gosses qui trépignent ou qui piaillent ; ils s’agitent sûrement ailleurs et c’est très bien.
Après un petit quart d’heure d’attente, le public s’installe. Des coussins sont proposés aux spectateurs pour épargner quelque peu leurs postérieurs. J’en prends un. Devant moi, un grincheux demande à son voisin de gauche de cesser de s’agiter sur le dossier de son banc ; c’est qu’il a les lombaires fragiles, l’ancêtre… L’autre ne bouge plus d’un poil durant le concert.
J'allais oublier cette perle. Tandis que les violons s'accordent, un Versaillais glisse à sa Bérangère :
— Quel cinéma !
Je lui adresse un sourire. Il comprend sans doute que, dans cette histoire, le seul instrument qui sonne faux est le sien.
Puis la présidente de l’association, Cornelia Lindenbaum-Desdoigts, prend le micro et prodigue les remerciements d’usage pour la circonstance. La jeune mairesse, Maëlig Taisset, en fait de même.
Les musiciens de l’ensemble Matheus font leur entrée, suivis de Jean-Christophe Spinosi. La magie musicale peut commencer. Le chef explique en quelques mots sa manière d'aborder l'œuvre, ponctuant son propos de quelques traits d'humour bien placés, avant d'évoquer la façon dont Vivaldi a composé son chef-d’œuvre.
Jean-Christophe Spinosi ne se contente pas de diriger. Il raconte Vivaldi. Avec un enthousiasme communicatif, il nous donne les clés des Quatre Saisons.
J'ignorais, comme beaucoup sans doute dans l'église, que le compositeur s'était appuyé sur quatre sonnets italiens. À partir de là, tout devient limpide. Les trois violons deviennent des oiseaux, les triolets dessinent le murmure d'un ruisseau, tandis que les altos prêtent leur voix au chien veillant sur le sommeil du berger. Tout à coup, la musique cesse d'être seulement belle : elle raconte une histoire.
Je suis déjà ailleurs.
Spinosi entraîne alors avec une élégance toute naturelle ses musiciens dans l'interprétation du Printemps.
Au seuil de chaque nouvelle saison, il renouvelle l'exercice, éclairant quelques passages avant de laisser la musique parler d'elle-même. Entre deux concertos, Nina Spinosi offre de superbes pages d'opéra baroque qui servent de respiration à cette traversée des saisons.
Le voyage est sublime. Et je ne suis manifestement pas le seul à l'entreprendre. À quelques rangs de moi, au détour d'un solo de violon langoureux dans L'Été, une femme vient poser tendrement sa tête sur l'épaule de son compagnon. Un furtif instant de tendresse, volé au vacarme du monde, loin des sauvageries et des incendies qui ravagent la nature.
À mon grand regret, L'Hiver referme ce voyage musical. Dehors, le soleil tarde à s'effacer ; dans l'église, une longue salve d'applaudissements, bientôt prolongée par une ovation debout, dit mieux que tous les discours la gratitude du public envers l'Ensemble Matheus, Jean-Christophe Spinosi et les Musicales de Blanchardeau.
Enfin, avant de conclure, quel bonheur de voir des artistes aussi talentueux vivre la musique et transmettre, avec une telle passion, l'amour qui les anime.
Certains concerts s'écoutent ; celui-ci se vit.
Merci !
P.-S. : Une pensée toute particulière pour la regrettée Annick Gaillard et son époux, Raoul, que je n'ai malheureusement pas eu la chance de croiser.









